La Lune est maintenant couchée.
Au loin se dresse un grain, un gros nuage chargé de pluie.
Il avance inévitablement sur nous, encerclant progressivement tout notre Ciel qui disparait.
Il fait nuit noire, c’est mon tour de quart.
Je suis maintenant tout seul à la barre.
Je sais, nous savons. Nous ne pourrons l’éviter. Alors nous affronterons.
Le vent souffle, Il se lève. Sous cette immensité, les choses se bousculent. Plus rien ne compte si ce n’est le moment, la survie.
De plus en plus fort, nous prenons de la gite et de la vitesse. J’enlève mes habits pour les garder au sec, prêt à affronter nu en pleine nuit l’épreuve de la pluie.
Les gouttes fraîches sur mon torse, mes épaules et ma face brûlent mon corps.
Je ressens le frisson que j’écarte par le cri. Par la hargne. Celle de me sentir présent et vivant. Cet effort surhumain qui me sort douloureusement hors de ma torpeur.
Maintenant prêt au combat.
On ne regarde plus le ciel quand on est sous la pluie. Et si on essaie d’y prêter un œil, on ne voit plus rien.
Mais même si le nuage est épais, je sais que plus haut, des astres nous envoient toujours leur lumière.
Tenir cette barre, tenir le cap, malgré tout.
Et si je devais tomber ?
Je n’ai même pas de ligne de vie.
Et si je glissais, poussé par delà du navire ? Emporté par le noir de la nuit ?
Alors si je devais glisser, que ce soit en Paix. Dans ce froid et cette douleur qui m’oppresse, mais sans tomber dans la peur.
L’épreuve est longue.
Les minutes semblent des heures,
les heures semblent des jours. Je le sais. La patience est une vertu qui s’honore.
Alors je porte et j’envoie mon amour que seuls peut-être les astres perçoivent encore dans le noir.
Ô Ciel, ici seuls, soit témoin de mes dernières paroles.
Puisses-tu les porter aux oreilles avisées de mes prochains ; de nos prochains…
Tandis que je me plierai à la volonté du divin.

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